Les races ovines Kurdes
 

Il est toujours mal aisé de parler de race. Le terme lui-même regroupe une multitude d'éléments complexes. Son utilisation est souvent inadéquate et nécessite au moins de préciser sous quel angle on l'envisage.
En France, les grandes races domestiques ovines, bovines ou porcines ont été "fixées" en 1860, sous le siècle de Darwin. Avant parlait-on tout au plus de type conforme à un environnement géo-socio-culturel. Le terme évoluera par la suite avec la naissance de nouvelles disciplines (zootechnie, biologie, ethnozoologie, génétique) sans jamais réellement trouver une définition claire. Chacune d'elle est tentée de privilégier l'aspect qui l'intéresse, de le réduire souvent à des notions techniques et biologiques en omettant par exemple les facteurs sociaux et culturels. C’est la « science bourgeoise » et le savoir paysan n’est souvent plus pris en compte.
En résumé, le terme race est "le produit d'une société, de ses besoins matériels et de sa culture".

Lors des mes entretiens avec les éleveurs kurdes, j’utilisai le mot « cins » (prononcer djins), qui veut dire littéralement « race » en Kurmandji, pour connaître le nom de l’espèce de brebis que je leur désignais. Je ne peux dire cependant si, dans les réponses qu’ils m’ont faites, la désignation de l’animal indiquait bien une race ou un type de mouton. Ne possédant aucune donnée scientifique, il m’est impossible après coup d’affirmer si les différents moutons que j’ai croisés constituent bien des races distinctes ou une race commune se déclinant en plusieurs types.
Néanmoins, dans leurs propos ainsi que dans les observations que j’ai pu faire, du point de vue des éleveurs, les brebis étudiées se différencient bien entre elles, soit par leur aspect physique, soit par un ensemble d’éléments essentiels pour un berger, c’est-à-dire la qualité laitière, la valeur bouchère, la capacité de prolifération, la résistance de l’animal et enfin la valeur de sa laine.
J’ai pu en conséquence distinguer au moins quatre types de moutons et deux types de chèvres.

Le type « Pezé Sipî », littéralement « mouton blanc », souvent associé au type « Pezé Qerkas », appelé aussi parfois « Sipî Koçerî » (blanc nomade). C’est un mouton blanc à grosse queue, résistant à la chaleur, connu pour la qualité de son lait, de sa viande et de sa laine. C’est souvent le mouton des éleveurs semi-nomades transhumants.



Le type « Pezé Sor », littéralement « mouton rouge », appelé aussi « Moorpez », est un mouton brun plus rustique à grosse queue, plus résistant au froid. La viande est de meilleure qualité. C’était le mouton des nomades de la tribu Beritan, quand celle-ci arpentée toute l’année les alpages. Aujourd’hui, leurs troupeaux comptent aussi des « Pezé Sipî » et un autre type de mouton :

Le type « Qer Pezé ». C’est le mouton noir. Il semble physiquement plus haut sur patte que les deux précédents mais aucune information le caractérisant précisément ne m’est parvenus.

Enfin, le type le plus remarquable est sans doute la race « Cizirî » (prononcé djiziri), appelé aussi parfois « Himdanî ». Sa spécificité physique la différencie sans problème des autres, et l’on peut se laisser aller à la qualifié de « race » à part entière (avec, tout de même, les précautions qui s’imposent !) : tête et pattes brunes, laine jaunâtre, longue et effilée, une grosse queue (comme l’ensemble des espèces ovines kurdes), et surtout de très longues oreilles. Ce mouton se retrouve dans les villages et les campements des semi-nomades et des nomades autour de Batman et de Siirt. Elle est associée à la tribu Alikan et aux alpages autour du lac de Van.

A noter qu’une race dite « Kurdî » a été évoqué. Peut-être regroupe-t-elle l’ensemble des types décrits ci-dessus. Une grosse queue et une laine abondante seraient alors les caractéristiques communes de ces espèces.

Pour la race caprine, deux types de chèvres se distinguent.

Tout d’abord le type « Bizinî Res » (prononcé « Bizini rèch »), littéralement « la chèvre noire ». C’est une grande chèvre à poils longs typique. Son poil servait à produire les longues bandes brunes avec lesquelles étaient confectionnées les tentes traditionnelles des nomades kurdes. Les troupeaux sont devenus rarissimes, du fait de l’apport de nouveaux matériaux pour les tentes, et aussi du problème de gardiennage que cela comporte, les caprins étant des animaux moins dociles et plus voraces.

Le même type existe aussi en blanc et est appelé « Bizinî Sipî » évidemment ! Même grandeur et même longueur de poils. Ces derniers ne semblent pas être utilisés.